Joe Michael Straczynski - Amazing Spider-Man 31 (472) - 523
Difficile de se rappeler un pire moment pour notre homme araignée favori. Plombé par les cloneries, les green goblineries, les embrouilles éditoriales et les histoires à petite semaine, Spider-man n’est plus que l’ombre de lui-même. Clairement désigné comme responsable, le scénariste Howard Mackie (sous la mauvaise tutelle de Bob Harras), un temps auteur des deux titres Spidey, quitte le navire après 8 ou 9 années de (pas toujours) bons et (toujours) loyaux services. Spider-man (le titre) a été efficacement repris en main depuis quelques numéros par Paul Jenkins et Mark Buckingham. Reste le titre phare, Amazing Spider-man. La remise en forme des titres Spidey est une des priorités de Joe Quesada, fraîchement nommé éditeur en chef de Marvel.
Joe Michael Straczynski (que nous appellerons JMS pour des raisons évidentes de flemme), est alors en train de secouer le cocotier du monde des comics chez Top Cow. Il vient de créer deux séries qui ont remporté un franc succès populaire et critique : Rising Star et Midnight Nation. JMS possède une aura toute particulière du fait de sa création principale : l’excellent show télé Babylon 5. De par son statut d’auteur hors comics et la réussite de ses nouveaux titres, JMS devient l’homme qu’il faut pour sauver Spidey pour Joe Quesada.
Quesada atteint son but et signe JMS. L’éditeur Ralph Macchio est également débarqué au profit d’Axel Alonso venu de Vertigo. JMS, Paul Jenkins et Alonso ont une mission : redorer le blason arachnéen au moment où Spidey est (enfin) porté à l’écran par Sam Raimi.
Le plan est simple reconstruire le personnage de Spidey et de Peter Parker puis s’attaquer à son entourage. JMS fait table rase d’une partie des éléments que Mackie avait mis en place pour n’en garder qu’un (qui l’arrange bien) : la séparation entre Peter et Mary Jane, son épouse.
50 épisodes après son arrivée JMS a changé la donne grâce à trois traits caractéristiques de son run : la continuité rétroactive ou retcon, le développement des personnages centraux et le retour à certains basiques Spidermaniens. Spidey a repris du poil de la bête, est devenu un New Avenger et retrouvé femme et famille. Comment tout cela est il possible ? Magnéto Serge !
Le retour aux basiques : Retour au personnage principal tout d’abord. La narration de JMS passe par le monologue intérieur de Spidey, c’est ce qui fait la trame de ses histoires, c’est là que se place une bonne partie de l’humour du titre et cela nous montre le monde à travers du prisme Spider-man. Enfin le retour du Spidey qui plaisante, envoie des vannes, use de la sarcasme (parfois trop peut être). Il s’agit là d’un retour aux sources. Finie les ambiances plombées, JMS redonne un côté fun à chaque fois qu’il le peut.
Retour à l’unité familiale ensuite, JMS réduit le rôle des personnages secondaires mais joue tout sur la famille Parker. May, MJ et Peter sont le noyau dur du titre et ça c’est à la fois nouveau et souvent savoureux. Mary Jane revient, effet du film ? JMS a voulu soulever le défi d’écrire un Peter Parker marié. Si le chemin de la réconciliation passe par des aspects soap opéra pas toujours très digestes, JMS a en tout cas gagné son pari, Peter & MJ c’est reparti et ça fonctionne.
Grosse nouveauté, en donnant une approche totémique aux pouvoirs de Spidey (est-il une sorte d’élu ?), JMS ajoute une famille arachnide qui va du grand frère un peu louche Ezekiel, aux prédateurs comme Morlun ou Shathra en passant par un simili Spider-man allemand. JMS développe toute une mythologie autour de l’araignée et de l’omniprésence de totems animaliers autour de Spidey.
Le développement des personnages : JMS creuse ses personnages principaux, tant pis pour les ‘intervenants’ (hormis Lamont, nouveau personnage de flic ami et conseiller). Tout d’abord Peter Parker se reconstruit, retrouve ses galères (les retards en particulier) mais surtout se découvre une (petite) conscience sociale, devient prof dans un quartier difficile et joue les bons Samaritains avec les lycéens en difficulté. Mary Jane devient une vrai actrice, terminé le mannequin, la fille fofolle, MJ se met au théâtre et y réussit.
Mais le plus gros travail est sur Tante May : le changement de cap est donné dès les premiers numéros où May découvre (au bout de 40 ans !) l’identité secrète de son neveu. Et soudain May n’est plus la vieille mamie peureuse, elle est décrite comme un senior actif, au fait des technologies et ne manquant ni de répartie ni d’humour. En outre cette découverte donne plus de complicité à l’unité familiale, enfin les trois personnages centraux sont sur un pied d’égalité.
Continuité rétroactive (retcon) : Comme dit plus haut, JMS a développé une idée inédite sur Spider-man, le côté totémique de ses pouvoirs mais aussi de ses ennemis, sans être follement originale, l’idée donne une autre approche au personnage et lui offre une mythologie dans laquelle il s’inscrit. Il n’est plus un cavalier solitaire mais l’héritier d’une lignée d’arachnides. Ezekiel est un personnage clé dans cette mythologie, jouant les mentors, les annonciateurs mais aussi la némésis. Il s’agit là d’un premier coup de continuité rétroactive.
Le second est beaucoup plus controversé : JMS s’attaque à la sacro sainte Gwen Stacy et lui donne rétroactivement deux enfants nés d’une brève idylle avec Norman Osborn ! La story line Sins Past raconte ce que sont devenus les enfants de Gwen et si cette histoire a braqué les caméras sur Amazing Spider-man, on ne peut pas dire qu’elle soit pour autant rentré dans les classiques du titre. A la sortie de l’histoire le personnage de Gwen est terni et l’affaire sent plus la pub que le génie.
Toujours dans le domaine de la continuité, JMS écrit dans Amazing Spider-man 500 une fin de carrière possible pour Spider-man, celle d’un personnage hanté et poursuivi par la loi (et qui porte un costume atroce). Sans doute que cette ‘fin’ est à ranger au rayon futurs alternatifs mais l’exercice est ici intéressant.
En conclusion on trouve quoi dans ce run ?
Du bon : JMS a redonné un coup de fouet nécessaire à Spidey, finie l’époque où le titre périciitait au niveau ventes et critiques. L’arrivée de JM et la première histoire avec Morlun, forte et héroïque à souhaits, ont dopé le titre. JMS est certainement (avec Paul Jenkins) l’auteur qui aura su moderniser Spidey, qui l’a fait mûrir sans pour autant le trahir. Pas crédible le mariage Parker ? JMS prouve le contraire sans (trop) virer gnan-gnan. Chiante Tante May ? Et la May Parker qui envoie des mails aux journaux qui disent du mal de son neveu, vous ne trouvez pas qu’elle renouvelle le style ?
Enfin Spidey prend sa place parmi ses pairs. JMS lui permet enfin de parler d’égal à égal avec Reed Richards, Cap America et autres. Brian Bendis intégrant Spidey dans son équipe de New Avengers, JMS en profite pour montrer que Spidey est une force dans l’équipe physiquement mais aussi intellectuellement (il était grand temps que l’on utilise le fait que ce garçon est quand même un chercheur !).
Du moins bon : clairement l’histoire avec Gwen Stacy sent trop le marketing pour être honnête, cette histoire était elle utile ? Et fallait il 6 numéros pour la raconter ? C’est un des reproches que l’on peut faire à JMS : bon nombres d’histoires s’étirent au-delà du nécessaire. 4 numéros pour affronter un sous-Hulk composé de mafiosi des années 50 ? 4 numéros pour qu’un sous Molten Man fasse brûler la maison de May Parker ? JMS verse aussi parfois dans l’auto recyclage : les prédateurs croqueurs d’araignée que sont Morlun et Shathra sont un peu trop identiques, de même que les gamins défavorisés du quartier. La nouvelle orientation prise par le titre (histoires en 6 parties prêtes pour le TPB) nous prive aussi des histoires courtes en une ou deux parties qui permettaient de souffler entre les histoires à but plus épique et de développer des personnages amusants comme le couturier des super-héros.
Conclusion : s’il est mitigé (surtout à cause des 10-15 derniers numéros) le bilan de JMS à ce jour est globalement positif. Grâce à lui Spider-man a retrouvé son rang dans l’Univers Marvel, ses titres sont à nouveau lus et appréciés. Difficile de savoir ce que le futur va apporter, la création d’une nouvelle série Spidey menée par Peter David va-t-elle relancer un JMS un peu court depuis 1 an et demi- deux ans ? Espérons que le second souffle arrive (et pourquoi pas le troisième) pour que JMS entre enfin totalement dans la panthéon des auteurs arachnéens avec Stan Lee, Roger Stern, David Michelinie et les autres…
Guide de lecture : c’est simple tout est sorti en TPB…Quelques recommandations :
• ASM 30-38 pour le combat face à Morlun, l’arrivée d’Ezekiel et la découverte de Tante May (TPB 1-2)
• ASM 46-51 : pour tout savoir sur les origines totémiques de Spidey et pour les fanas de soap, les retrouvailles plutôt drôles entre Peter & MJ. (TPB 4)
• ASM 498-500 : pour l’anniversaire de Spidey et les 5 pages par John Romita Sr.(TPB 6) (ASM revenant à sa numérotation d'origine au n°500)
• ASM 505-508 : la fin (?) de la saga avec Ezkiel (TPB 7)
• ASM 509-514 : Sins Past pour savoir si l’histoire est au niveau de la polémique (TPB 8).
Un dernier mot sur les dessins : John Romita Jr explose littéralement lors des premiers numéros de JMS et renouvelle son style. Il est présent sans discontinuer jusqu’au n° 508 et ne baisse quasiment pas le pied. Il est remplacé par Mike Deodato Jr qui doit (à mon goût) encore faire ses preuves même si le niveau reste très bon.
Enfin c’est volontairement que je ne mentionne pas le numéro hommage aux héros du 11 septembre (ASM 36). D’abord par ce qu’il n’a rien à voir avec le travail de JMS sur Spider-man et aussi parce que ma maman m’a appris que quand on a n’a rien de bon à dire, il vaut mieux se taire.
En vous remerciant de votre attention, bon dimanche sous vos applaudissements.

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